Accouchement à domicile, le témoignage d’Aurore

Accouchement à domicile, le témoignage d’Aurore
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Le témoignage d'Aurore et de son accouchement à domicile

Accouchement à domicile, le témoignage d’Aurore

Sanaha, née le 23 décembre 2012 à 12H15 dans la douceur du foyer (je sais j’ai raconté la fin de l’histoire).

Toute ma grossesse fut une aventure formidable. Les joies de la grossesse, la préparation à cette rencontre et les personnes rencontrées pour cette préparation. Tout se passe bien et sereinement. Plusieurs choses nous ont poussés à nous tourner vers un accouchement à domicile, mais habitant en Normandie on savait déjà que ce ne serait pas chez nous. C’est pourquoi nous décidons d’accoucher, avec leur accord, chez les parents de mon homme, dans le val d’Oise.

C’est une grande et chaleureuse maison, qui nous permettra de cohabiter plusieurs jours sans trop nous marcher dessus. Nous profiterons aussi de leur aide pour nous reposer et accueillir ce bébé dans une grande sérénité.

Le terme est prévu pour le 3 janvier (selon écho) et 31 décembre selon mes dernières règles. Nous avons le pressentiment que ce bébé aura un peu d’avance, les paris sont ouverts : avant ou après Noël ?

Nous avons choisi donc de venir le 7 décembre poser nos affaires tous les trois pour ne repartir qu’à quatre. Le temps de défaire nos valises tranquillement, préparer la pièce ou la petite verra le jour, prendre un rythme à nous afin d’être le plus possible à l’aise dans cette maison, ou nous cohabitons désormais à 6.

À partir de ce moment-là, je vois régulièrement la sage-femme, afin de bien nous préparer pour l’arrivée de plus en plus imminente de cette princesse. Nous n’avons plus de questions, nous nous sentons tous prêts pour cet événement. Il me reste juste ma couverture aux 100 vœux à finir, donc il faut patienter encore quelques jours (je sais cela semble bizarre, mais il fallait absolument que se soit fini, vaut mieux coudre avec un gros ventre en pleine forme qu’avec une maman qui sera fatiguée… Et puis elle sera bien contente d’être sur sa belle couverture dans les heures qui suivront ;)). Bref tout se prépare doucement.

Chaque soir maintenant, j’ai de plus en plus en plus de contractions, régulières dans le temps mais absolument pas douloureuses… Les examens avec la sage-femme montrent un col favorable souple et raccourci.

Le 22 décembre

Je me lève une fois de plus vers 12h, ma fille et mon homme sont déjà debout depuis une bonne demi-heure… Nous prenons le petit-déjeuner en famille, la dernière fois à trois. Ma fille me réclame pleins de câlins, des bisous, elle veut que je lui tienne son biberon, bref, elle doit bien ressentir un truc ! Pour ma part, je me sens sereine, j’ai une sensation bizarre dans le bas-ventre, je sens aussi que c’est pour bientôt. J’ai l’impression d’avoir mouillé ma culotte, (pas la première fois, c’est un peu comme une habitude avec cette grossesse 😉 … Je pars donc aux toilettes m’essuyer, me changer quand, là, surprise, c’est le bouchon muqueux ! Ah chouette, je le sais maintenant, tu seras bientôt avec nous.

Bon, quoi qu’il arrive, Noël aussi c’est pour bientôt et forcement bah tout n’est pas prêt, donc on part pour une après-midi shopping tous les trois… Je ressens quelques contractions, j’ai le sourire aux lèvres à chacune d’elles… Je sais que c’est la dernière fois que je prendrai  la caisse prioritaire pour cette grossesse.

La journée se déroule tranquillement, lors du repas du soir, les contractions s’intensifient et se rapprochent… On est à table tous ensemble (avec les beaux parents) et moi je suis là à rêver, à sourire, je ne participe pas à la conversation, je contrôle le temps entre les contractions, et 5 min les séparent. Personne ne se doute de rien, sauf mon homme qui reconnaît mon regard. Paisible et rêveur pendant les pauses et concentré sur ma respiration pendant le travail. On se sourit : c’est pour ce soir ou demain ! Plus aucun doute.

Continuant de perdre un peu de sang, je préfère téléphoner à ma sage-femme S. Je lui explique, elle nous confirme que c’est bien mon col qui travaille et se modifie. On se tient au courant, de toute façon le travail commence à ralentir, les contractions s’espacent petit à petit pour n’en avoir plus qu’une toutes les demi-heures. Elles sont de plus en plus intenses, me forçant à m’arrêter de marcher et à me concentrer sur elles. Elles viennent comme des vagues, aucune douleur n’est présente, juste une forte sensation d’élévation, vers une ouverture, vers une arrivée. Comme si à chacune je sentais le col s’ouvrir laissant descendre ce bébé. Je sais que le travail a commencé. On peut entendre dans la maison cette petite chanson que l’on marmonne depuis quelques jours « sache que ». On t’invite tous à venir nous rencontrer. Ton père et moi pensons qu’il serait préférable d’aller nous coucher, pour récupérer un peu de force. On dirait que tu es d’accord parce que tu continues à espacer les contractions. Malgré notre excitation, nous allons nous reposer.

Je ne serai réveillée que par 5 contractions, mais elles me gênent, me font me tortiller. Elles ne sont pas agréables, j’ai du mal à me concentrer. La position allongée est plus douloureuse. Je n’arrive pas à me concentrer sur ma respiration. Je sais à partir de ce moment là que j’éviterai cette position.

Le 23 décembre

7h30, je n’arrive plus dormir. Une envie de pipi, j’ai faim, et je n’arrête pas de me retourner dans tous les sens. C’est décidé, je me lève, il est 7h52. Je finis à peine de descendre les escaliers, que je ressens cette sensation de vague qui envahit mon ventre. Je m’arrête de marcher, je prends une grande inspiration, je me laisse envahir, je bouge en même temps mon bassin en faisant des petits mouvements de balancier.

Je suis sereine, ça travaille. J’imagine mon bébé qui prend ce doux chemin vers la vie, mon bassin qui laisse place à ce bébé, et mon col qui lui laissera le champ libre.

La vague disparaît, j’ai le sourire aux lèvres. Direction la cuisine, pour boire ma dernière tisane de feuilles de framboisier avant ce grand moment.

Je préfère rester debout pour prendre mon petit-déjeuner, je comprends vite pourquoi, à peine 5 min plus tard voilà une nouvelle vague. Je l’accueille avec le plus grand plaisir, je me laisse aller, je ne pense qu’à mon bébé et au travail de mon corps. Toujours accompagnée de petits mouvements du bassin. Je suis dans mon monde à ce moment-là, sur un petit nuage. Elles sont espacées de 4 à 5 min maximum. Je ne chronomètre pas spécialement, je regarde juste l’heure, pour me donner une idée.

Après chaque contraction, j’ai chaud, je transpire. Je n’ai pas l’habitude de rester longtemps debout surtout ces derniers jours 😉 ) je m’installe donc sur ma chaise face à mon petit-déjeuner. Quand une contraction revient… je respire, mais « aïe aïe aïe  » mon bassin se bloque dans cette position, ça tire fort, et puis je n’arrive pas à me concentrer, je ne pense qu’à ce tiraillement, je me sens prisonnière ! Ouf elle passe. J’en profite pour me reposer et je me lève direct après. Hors de questions d’avoir encore une contraction assise ! Tant pis, je vais sur le ballon pour faire avancer le travail !

Il est 8h40 quand ma belle mère descend. Je trouve qu’elle se réveille drôlement tôt. Elle aussi d’ailleurs. Elle dit avoir eu des difficultés à dormir. Tiens tiens, une prémonition (mon beau père descendra un peu après aussi) ? N’ayant pas l’habitude de me voir si tôt debout (eh oui, je suis une grande adepte des grasses matinées) elle se doute de quelque chose. Je lui explique que j’ai commencé le travail, mais que tout va bien, je gère super bien les contractions. Très vite, elle remarque que je ne parle pas pendant mes contractions. Moi, je suis concentrée pour bien les accueillir et pour me permettre de mieux me soulager. Elle me dit d’aller réveiller mon homme et de téléphoner à la sage-femme. J’hésite à lui téléphoner tout de suite. Je ne voudrais pas la faire venir alors que je ne suis qu’à une ouverture de 1cm. Je lui demande par contre de réveiller mon homme (pas tellement envie de remonter au deuxième étage pour redescendre de suite)

C’est donc la tête encore remplie de rêves que monsieur descend, et avec le téléphone à la main. Ok ok je lui téléphone. J’attends que vienne la contraction pour être sûre de n’être consacrée qu’à elle. Je sais que j’ai 3 min devant moi pour lui parler. Il est 8h50, je lui explique tout ça, elle me demande si je veux qu’elle vienne maintenant, ou si elle peut passer après ses deux consultations du matin. Je lui réponds que je préfère qu’elle vienne jeter un petit coup d’œil, que si le travail n’a pas beaucoup avancé, elle ira faire ses visites et que si ça a bien commencé elle restera avec moi… Hop ! Le son se coupe pour ma part, une nouvelle vague arrive… Elle repart, je m’excuse de mon silence. Je crois qu’elle a compris, elle décalera donc ses rendez-vous. Elle me dit être là dans une demi-heure. Je suis un peu perdue, pour ce qui concerne la piscine, je lui demande si on doit la remplir. J’ai peur que si on le fait trop tôt, l’eau devienne trop froide, et trop tard, bah, c’est trop tard. Et si je peux m’y mettre maintenant, ou si je dois l’attendre.

Mon homme remplira donc la piscine (par plusieurs fois car le ballon d’eau chaude s’est vidé) et finalement la sage-femme arrivera avant.

Je commence à faire des aller-retour entre la cuisine et les toilettes. Après chaque contraction, j’ai comme une grosse envie (passage glamour !). Je suis donc partagée entre le fait de rester debout pendant les contractions et le besoin d’aller aux toilettes. C’est donc un peu de sport que je fais (debout assis, debout assis…) Je finis par monter pour aller dans la salle qu’on a aménagée pour cet événement. Il en dégage une forte chaleur, entre l’eau de la piscine et moi qui transpire pendant le travail. J’ai l’impression que je vais étouffer.

De toute façon, une nouvelle vague arrive, il va falloir que je retourne aux toilettes (heureusement qu’il y avait aussi des toilettes à l’étage). Entre chaque contraction, je me repose, assise sur mon trône, et pendant les contractions je suis debout mes avant-bras en appui sur l’évier. Une hauteur parfaite pour me soulager pendant la contraction. Je suis toujours dans mon corps, à imaginer cette vague qui m’emporte, à visualiser mon bassin qui s’ouvre.

Je suis maintenant obligée de faire des sons. Un « mmmmmmm » bien grave, pas spécialement fort. Mais qui m’aide à me plonger à l’intérieur de moi, tout en continuant à faire des mouvements de balancier.

Je finis par entendre la sage-femme qui demande où je suis, il est a peu près 9h45. Je lui dis par ici (toilettes) et que je pense que je vais devoir accoucher ici. Étant donner mes aller-retour et que le lavabo est à la bonne hauteur pour m’appuyer. Une nouvelle contraction arrive, je repars comme la précédente, j’entends sa voix douce, me dire que c’est très bien ce que je fais. Pas peu fière d’entendre ça, même si je sais que c’est pour me rassurer et m’encourager. Elle me demande ce que je veux faire. Je lui réponds « aller dans l’eau ». Elle veut savoir si je veux être examinée. Je lui dis oui, mais faut faire vite, je ne veux pas de contraction pendant que je suis allongée. Ok ok pas de soucis. Je redoute un peu cet examen. Dans un premier temps peur d’être un peu déçue ! Eh oui, et si je n’étais ouverte qu’à un. Et aussi parce que j’ai le souvenir des touchers pendant mon premier accouchement ! On m’a fait très mal ! J’ai peur d’avoir mal ! Mais finalement, elle aura été d’une douceur impeccable. Je l’ai à peine sentie. Et mon col est ouvert à 4-5. Super ! On a bien travaillé. Tout ça en gérant super bien la douleur, je suis plus que motivée !

Mais d’abord vite, il y a une contraction faut que je me relève. Je me replonge au fond de moi-même, jusqu’à sentir la vague partir. Mince faut que je retourne aux toilettes ! Je me lève : une nouvelle contraction, je m’appuie sur le lavabo, repars dans mon son, me balance de droite à gauche. C’est fort, mais doux à la fois, je sens mon corps se laisser aller. J’ai toujours le sourire.

Ma sage-femme me masse le bas du dos, au niveau des reins, me fait quelques points stratégiques (qu’elle refera pendant tout le travail sans même que je m’en rende compte). Ça me fait du bien, mais je sens que je n’en ai pas vraiment besoin. Je la laisse faire quand même car je sais que ce sont aussi des points stratégiques qui vont permettre au bébé de descendre.

Je n’oublie pas mon homme qui est très présent. Je le vois s’activer pour tout préparer, musique, ambiance tamisée, eau pour la piscine, homéo… J’ai besoin de lui comme ça pour le moment et il le voit bien. Je gère toute seule.

Puis je me dépêche de rentrer dans l’eau, j’enlève ma tunique pratiquement dans l’eau tellement je suis pressée, il est 10h. Que c’est agréable cette chaleur sur tout mon corps. Je sens que mes muscles se détendent encore plus. Ah tiens, une contraction, on va voir alors si ça me soulage encore plus. Elle paraît moins forte. Je suis totalement plongée dans l’eau, allongée sur le coté, collée aux parois de la piscine. Je pars dans ma bulle, je flotte, une vague qui monte doucement et moi qui me balance à l’aide de mes mains, je me sens en lévitation. Le son « mmmmm » est toujours présent. Entre chaque contraction maintenant je n’ai plus du tout cette envie d’aller aux toilettes. Tant mieux, ça n’aurait pas été pratique. Je ferme alors les yeux pour me reposer.

J’entends parfois un bruit de fond, mais oui c’est bien de la musique, la play-list que j’ai sélectionnée. J’entends aussi la sage-femme et mon homme qui murmurent un peu, mais je repars vite dans mes pensées, l’eau qui est chaude contre moi, mon bassin qui s’ouvre et mon bébé qui sera bientôt là ! Un air me vient en tête entre les contractions « sache que ». Ça me motive. Je me laisse totalement aller. Parfois j’entends la sage-femme parler et je réponds. Comme « mais elle a un gros bleu sur la cuisse »,  mon homme lui explique que c’est dû à ma chute, il y a deux jours… et moi je réponds (vu que ma contraction vient de passer) enfin je vais pouvoir te le dire, il me bat ! bref, un peu d’humour de temps en temps. On me donne de l’homéo, afin d’aider le travail et la douleur. Je me sens bien.

Je commence à changer de son, mon « mmmm » passe à un « ooooo » bien grave et profond. Les contractions sont plus fortes. La position allongée dans l’eau sur le coté devient un  peu dure à supporter. Je n’ai pas réussi à me mettre dans ma bulle. Dans ma tête, je m’entends dire « oh non ça fait mal ! Oh non… » Je me repose très vite, dès qu’elle est passée. Mais j’en sens une qui revient. Oh non ! Je sens des mains qui m’agrippent le bassin et qui me font basculer tout doucement à genoux. Je me laisse faire. Car même si la contraction m’envahit et que la douleur est très forte, je fais tout mon possible pour garder mon bassin détendu ! J’arrive donc à quatre pattes, je mets ma tête à moitié dans l’eau, je recherche la chaleur de l’eau pour me reposer et me laisser bercer par les vagues de mon corps.

Chaque moment de calme, je le prends et me ressource avec. Je sens une nouvelle vague, je me concentre dès son arrivée, il faut absolument que je continue à gérer mes contractions, je sais que j’en ai encore pour un moment. La position me soulage, c’est incroyable. Je peux continuer mes « ooo » mon balancement, je rentre à nouveau dans mon monde. Je sais que tout est géré autour de moi, je n’ai plus qu’à me concentrer sur ce petit être qui travaille très bien.

Je sens des mains sur mes reins, ces mains appuient lors de la contraction et me bercent dans l’eau lorsque tout s’arrête. Je n’ai même plus besoin de faire d’effort pour me bercer. C’est comme magique. Je ne sais pas qui me tient. Je pense au début à la sage-femme, mais je me rends compte plus tard que c’est mon homme qui, à genoux, ne me lâchera pas une minute (ou presque). La douleur étant redevenue à peu près gérable, je repars dans ma bulle. J’entends toujours un petit fond de musique par-ci par-là, la douce voix de la sage-femme qui m’encourage, j’entends aussi qu’elle prépare l’arrivée du bébé, qu’elle pose des questions à Nicolas. Mais je ne suis pas capable et je ne veux pas écouter.

Il m’arrive d’entendre que la sage-femme et mon homme m’aident pour les sons. Ils me guident quand parfois je me perds. Mon homme me dira plus tard que ça se sentait quand je me concentrai un peu moins et que, du coup, ils faisaient le son pour me recaler. Ça a super bien marché, puisque qu’à chaque fois, je me suis remotivée.

Je contrôle l’heure, il est 11h30… Je suis fatiguée, ça devient douloureux. Il faut absolument qu’on m’appuie très fort au niveau des reins. Qu’est ce que ça peut faire mal ! Je me répète plusieurs fois la même chose dans ma tête, en même temps, je fais des sons, ça me permet de me concentrer. Je m’entends dire « j’ai mal, mon dieu que ça fait mal… allez allez allez… » bref, des petits mots…

On me dira plus tard que j’en ai dit plein à voix basse, que je marmonnais en fin de contraction. Répétant plusieurs fois la même chose. J’ai les yeux pratiquement tout le temps fermés… je dis du charabia comme pour enlever toute cette douleur accumulée en quelques secondes. Une fois partie, je me repose et respire.

Je contrôle par moi-même plusieurs fois où j’en suis, afin de me motiver, de sentir ce bébé avancer. J’ai senti la tête, la poche des eaux, et ce col, qui entoure encore la tête de mon bébé. Je demande une vérification, elle me confirme (même si je sens que la position devient acrobatique pour elle) que je suis à 6-7 d’ouverture… Je suis un peu déçue, car j’ai mal, et le temps semble avoir ralenti. Je me remotive, c’est pas si terrible que ça, j’arrive à bien respirer entre les contractions. Cette absence totale de douleur et tellement agréable ! Je la savoure.

Mais à chaque contraction, je me dis « allez on approche, ça monte ça monte, ouvre-toi » , je fais tout mon possible pour m’ouvrir, quoi qu’il arrive dans mon bassin. C’est dur mais je sens que ça m’évite bien des douleurs. Je me fais surprendre par 2 ou 3 contractions, qui sont arrivées plus vite que prévu, je ne suis donc pas dans la bonne position, celle qui me soulage, je suis déconcentrée ! Ça fait 2 fois plus mal, j’entends les sons de ma sage-femme et de mon homme, je me concentre dessus mais c’est dur, je vais jamais tenir. Ouf ça repart, je suis à moitié en train de chouiner, je ne vais jamais y arriver, c’est trop douloureux. Mes reins me font très mal.

Je sens que le bébé est derrière et qu’elle pousse à chaque contraction. Heureusement que mon homme m’appuie fort, très fort comme pour aider bébé à descendre. Je contrôle mon col, je ne sens plus rien, mais je ne suis pas sûre, je sens cette poche des eaux très bombée et la tête de mon bébé juste là derrière, elle est proche. Mais la contraction suivante arrive, j’ai mal, je fais tout ce que je peux pour essayer d’ouvrir mon bassin et ne pas bloquer le travail. La pause est courte mais tellement bonne que dès que je sens la contraction qui arrive, je dis à voix haute « non pas encore c’est trop tôt (j’aurais aimé faire une sieste !!!) ». Je veux qu’elle contrôle, que cette poche des eaux se perce, je veux accoucher, j’en ai marre ça fait mal !!!

Je crois que je suis en pleine phase de désespérance, enfin j’espère parce que sinon c’est sûr, je ne tiendrai pas ! Je me remotive pour 2 contractions en me traitant de douillette « allez tu vas pas chouiner pour si peu, c’est qu’une contraction ! », ça ne marchera pas pour la 3ème « je m’en fous d’être une douillette, j’ai mmmaaaalll »… le tout en gardant mon bassin ouvert, je pousse mon son au plus profond de mon corps, j’ai l’impression que je vais réveiller tout le village (mais on me dira que non, mon son était parfait, fort mais régulier et que c’est sur un « si » que je chantais mon « oooooo ») bref, panique totale dans ma tête, je parais sereine à l’extérieur à part mes murmures de râleries.

Elle me contrôle donc, me dit qu’il reste un tout petit peu de col, que je gère très bien, que bientôt bébé sera là. Mais je suis obsédée par cette poche des eaux, je n’arrête pas de me dire que la petite ne sortira jamais temps qu’elle n’est pas rompue. Bref, elle sent mon désespoir et cette obsession pour cette poche des eaux (sachant que je n’arrête pas de vérifier moi-même le travail) et me propose de la rompre… Merci, merci, je n’osais pas demander ! Elle perce donc la poche des eaux pendant une contraction, et me dit que, finalement, la poche s’est rompue en même temps… J’ai encore plus mal, quand la poche s’est rompue j’ai eu l’impression de hurler de l’intérieur…

Allez, maintenant que cette poche est partie, je sais que c’est pour bientôt. Je ne trouve pas ma position. La sage-femme me demande si je veux sortir de l’eau. Il en est hors de question ! J’ai tellement peur d’avoir encore plus mal !!! Je demande un peu plus d’eau chaude, mon homme s’absente donc pour en remettre, je regrette, où sont ses mains qui me soulagent les reins, la sage-femme voit que ça ne va pas et prend vite le relais. Ouf ça va mieux. Mon homme revient, reprend le relais. Je me tords un peu dans tous les sens dans la piscine à la recherche d’une bonne position, je prends appui sur la piscine de mes 4 membres je pousse tant que je peux les bords, la vague se retire, je souffle, soulagée, comme si de rien n’était. J’essaye de me remettre à 4 pattes afin de me libérer le bassin et faire descendre le bébé. La position ne me convient plus du tout, j’ai mal, la sage-femme ne voit rien en plus. Elle me tourne délicatement dans l’eau pour que je me retrouve sur le côté, oh non ça fait trop mal, je n’ai pas assez de souplesse pour cette position, je ne sais pas si c’est la contraction ou mon manque de souplesse qui me fait le plus mal. Je me mets donc sur le dos, bassin en bas, jambe en appui sur les bords de la piscine, semi sur le côté (ok, je pense que personne ne va comprendre la position mais c’était assez particulier) et j’attrape le cou de mon homme.

Maintenant j’ai besoin de pousser à chaque contraction pour me soulager et pour continuer d’ouvrir mon bassin. Je revérifie, je sens bien la tête, elle est presque là. Ça fait mal, mais c’est bientôt fini. Je m’accroche à mon homme, pense à ce bébé qui descend, pense à ouvrir mon bassin et de le laisser souple, je pense toujours à mon son (il ne m’aura pas lâché d’une contraction) il devient plus « oooh » mais « aaaaaah » je pousse , il faut que je pousse ça soulage. Je me repose, respire pendant que je ne ressens plus ces douleurs. Je marmonne encore des choses pas très compréhensibles. Mais on s’en fout. Je pousse, je pousse à chaque fois. Jusqu’à ce que je sente sa tête s’engager vraiment ! Mon dieu que ça brûle ! J’étais au courant de cette sensation, mais je pensais que, dans l’eau je ne l’aurais pas… Grossière erreur. Ça me brûle, ça pousse, ça sort ! Elle arrive, il faut absolument que ça aille vite, ça fait trop mal. Je suis motivée, ce n’est qu’une question de minutes.

Je pousse, je touche sa tête entre mes cuisses, je pousse, la tête sort ! Mon dieu que ça fait du bien ! j’y crois pas, ça soulage, merci merci merci !!! Je souffle, j’entends mon homme rire de joie, la sage-femme a plongé la main (le bras, heureusement qu’elle est grande) dans la piscine, afin de réceptionner bébé. Mes bras étant autour du cou de mon homme, et mon homme en train de me soutenir ! La petite à deux tours de cordon autour du cou, et une bretelle qui lui sert de ceinture de sécurité. Le cordon est long la petite n’est donc pas étouffée, juste emmitouflée. Une autre contraction arrive, je pousse, elle glisse et se loge directement sur mon ventre.

Il est 12h15. J’ai réussi, on  a réussi. Mon bébé, notre bébé. Qu’elle est belle, elle lève un peu la tête, je la vois rose, avec ces belles lumières tamisées. Elle est belle, elle a un visage plutôt allongé et des traits fins.

Je n’ai plus aucune douleur, je me sens apaisée et en pleine forme. Je suis submergée par cette arrivée, éblouie par ce petit être. J’ai réussi !!! On est la dans l’eau collées l’une contre l’autre. Je ne me préoccupe plus de rien, je suis sur un nuage. On nous met une serviette sur nous afin de réchauffer la petite. Je suis là, lui câline la tête, le cou ! Elle est si petite ! C’est si magique. La sage-femme me demande si je suis capable de sortir pour la délivrance, je me sens capable de tout maintenant. Je me lève, avec l’aide de mon homme, la petite tout contre moi, je fais attention de ne pas trop la lever, eh oui, il y a encore le cordon et le placenta à l’intérieur de moi. Je vois du sang qui tombe d’entre mes jambes, moi je ne m’inquiète pas je suis ailleurs. Je m’allonge sur le petit coin matelas. J’entends la sage-femme qui s’affole un peu en voyant tout le sang que je perds. Je comprends que je fais une hémorragie.

Elle attend que le cordon ait cessé de battre pour que mon homme le coupe. Une fois fait, elle m’explique que je saigne et que le placenta ne se décolle pas. Le souci c’est que je n’ai plus de contractions. Donc, elle me dit qu’elle va essayer dans un premier temps de décoller le placenta et si ce n’est pas assez rapide deux solutions : soit elle va le chercher elle-même, soit on appelle le SAMU ! Bref elle est paniquée (comme une personne professionnelle, quand même !), moi, je suis sereine. Je suis sûre que tout va s’arranger. J’ai ma petite dans les bras, elle pleure beaucoup, je la rassure. Nous supposerons plus tard quelle pleurait à cause du stress, puisque nous avons un bébé très calme.

Je reste sur mon petit nuage quand la sage femme doit vérifier si le placenta se décolle, pour cela elle a exercé une pression sur mon bas ventre ! J’ai hurlé de douleur, bon dieu que ça fait mal ! J’ai senti plein de choses sortir de mon corps, je pense donc que c’est le placenta. Mais non ! Seulement du sang et des caillots. Elle me demande de pousser, de m’accroupir pour aider avec la gravité, mais rien n’y fait. Le placenta est toujours attaché, ne se décolle pas et je perds plein de sang.

Elle a toujours son portable à côté d’elle, elle veut appeler le SAMU, mais avec mon accord, on continue un peu nous-mêmes. Elle se le permet car à priori, ça saigne moins, que ça fait seulement 15 min que j’ai accouché. Le problème reste que je n’ai toujours pas de contractions, donc elle me fait avaler de l’ocyto, et me pose une perf d’ocyto pour relancer les contractions. Bon dieu que c’est efficace, ça fait mal. Je ne gère pas ces contractions, j’ai du  mal à visualiser car j’ai mon bébé dans les bras… Je me concentre donc sur elle, ma si petite qui vient de naitre. Le placenta fini par se décoller et sortir. Mais pas en entier, il reste des membranes !

Donc là, ça commence à devenir urgent, il faut que tout sorte sinon c’est le SAMU. J’ai le choix faire une révision utérine à la maison ou au SAMU. Mon choix est fait ! Je lui mets moi-même de la bétadine sur sa main (gant), elle relève sa manche et me demande d’en mettre jusqu’au coude :/ bref vous imaginez ma tête car j’ai tout de suite visualisé son bras entier à l’intérieur de moi, je lui ai d’ailleurs demandé s’il fallait qu’elle touche un poumon ? Elle me rassure et me dit que c’est une sécurité seulement. Je me prépare, je respire et je fais mon son, elle fait donc sa manipulation le plus doucement possible et le plus rapidement. Ça y est, c’est fini. Ouf tout est sorti. Maintenant on respire tous. Je ne verrai pas le SAMU. Je vais profiter de mon bébé !

La sage-femme nous montre et explique le placenta, il partira à la poubelle. Mon homme et elle me changeront les draps et alèse pour qu’on soit bien au chaud et au sec. J’aurais perdu près d’un litre de sang. Je suis là, allongée dans une couette au chaud, avec mon bébé, ma petite Sanaha. Mon homme auprès de moi, la sage-femme aussi qui remplit tranquillement les papiers. On la regarde téter tranquillement. Mon homme ira me préparer à manger, j’ai faim j’ai besoin de forces.

Une bonne heure plus tard nous autoriserons notre grande à venir voir sa maman et sa petite sœur. J’ai les larmes aux yeux, ma toute petite est devenue grande sœur. Elle vient avec une jolie rose. Elle est toute mimi, et me paraît bien grande d’un coup. Elle fera des petits bisous et des gros câlins à sa petite sœur. La savoir pas loin de moi pendant l’accouchement, et entourée de ses grands parents m’aura rassurée. Je suis si contente de la voir, et qu’elle soit avec nous pour cet événement. Je n’aurais pas été séparée d’elle, surtout pendant cette période de fête. Notre nouvelle vie à 4 commence. On a vécu un moment tellement fort, magique et intense. Les grands-parents et oncle ne viendront voir la petite que plus tard dans la soirée.

Juste pour comparer en quelques mots avec mon précèdent accouchement en clinique. Je me suis sentie plus à l’aise, plus libre de mes mouvement étant chez moi (enfin beaux-parents). Ainsi je pense que le travail s’est fait plus naturellement, sans le stress des hôpitaux, où tout est speed et à voir les problèmes partout. Je me suis sentie actrice de mon accouchement, je ne l’ai absolument pas subi et c’est ça qui fut magique. La sage-femme était là pour contrôler, me guider, me rassurer mais pas pour prendre ma place, en m’indiquant quand et comment pousser ! Mon homme aussi a pu être acteur de cet accouchement, à l’hôpital on enlève souvent ce rôle au père ! Ici il a pu contribuer et aider ce bébé à sortir, et surtout à me soulager pendant tout le travail. A l’hôpital, il m’avait juste servi à lui déchiqueter la main.

Il m’a d’ailleurs dit juste après la naissance de Sanaha, à quelques minutes de vie… « plus jamais tu n’accoucheras à l’hôpital, c’était trop magique ».

Témoignage d’Aurore recueilli le 21 mai 2014

Appel à témoin

 


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